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16 années. 16 très longues années qu’Angelo Branduardi n’avait pas donné le moindre concert en France. Une absence incompréhensible de la part de celui qui fût vénéré dans les années 1970 comme l’un des grands noms du revival folk européen d’alors, et qui donna un grand nombre de concerts d’envergure dans notre pays. Jacques Chancel n’avait d’ailleurs à l’époque pas hésité à lui consacrer un numéro entier de sa fameuse émission télévisée « Le Grand Echiquier », lui offrant ainsi une tribune exceptionnelle sur les ondes françaises.
Mais à partir du milieu des années 1980, le chanteur italien s’était fait progressivement plus rare dans nos contrées, puis s’était consacré à divers projets musicaux essentiellement centrés autour du patrimoine culturel de l’Italie (la série des Futuro Antico, l’album L’Infinitamente Piccolo…)

Si la carrière récente d’Angelo Branduardi n’est donc essentiellement connue que des amateurs les plus maniaques et que ses derniers disques en date n’ont pas véritablement dépassé les frontières de l’Italie, le Cantautore conserve en revanche encore une base de fidèles conséquente dans l’Hexagone, et nombreux sont ceux qui se souviennent encore avec émotion des versions françaises de ses plus grands succès, tels que « Alla Fierra dell’Est » ou encore « La Pulce d’Acqua« …
Les espoirs de la communauté française des « Branduardians » ont donc enfin portés leurs fruits précieux. Nous voici donc en février 2014, et Angelo Branduardi va enfin se produire à l’Olympia, la plus prestigieuse des scènes parisiennes.

Afin de célébrer dignement son grand retour en France, Angelo a mis les petits plats dans les grands : le concert va en effet durer plus de 2 heures, et sera découpé en deux actes. Du coup, pas d’artiste de première partie pour ouvrir le bal. Et franchement, c’est tant mieux, car on a souvent tendance à être déçu dans ce genre de formule.
Angelo Branduardi arrive alors sur la scène de l’Olympia sous un tonnerre d’applaudissements. Après avoir introduit le spectacle en citant un poème de l’auteur irlandais William Butler Yeats (dans une version traduite en italien), les choses sérieuses commencent avec le tube « Si puo’ fare », tiré de son album à succès de 1992. Puis Angelo enchaîne ensuite avec deux chansons en français, « Sans aucun doute » et « Ce que sait le Sherpa », qui sont les versions françaises de « Gulliver » et « Domenica e Lunedi ».

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Le fait qu’Angelo chante les versions françaises de ses chansons est un fait remarquable, car du fait de son absence en France depuis plus de 15 ans, ces versions n’avaient plus été chantées depuis fort longtemps. Même le public belge, à qui Angelo rend fréquemment visite, n’y avait plus droit depuis quelques années en raison des conflits politico-linguistiques entre Flamands et Wallons. Tout au long des deux actes du show, nous aurons donc principalement droit aux versions françaises des grands standards du chanteur italien, à l’exception évidemment des titres qui n’ont jamais été traduits et qui seront alors chantés en italien.
Une part importante du premier acte sera accordée à l’album-concept sur Saint François d’Assise, L’Infinitamente Piccolo (2000) : après une brève présentation de cet album par Angelo, les musiciens en interpréteront pas moins de 4 extraits. Mais la majeure partie de ce premier moment du spectacle sera surtout consacrée aux titres les plus connus de notre ami italien, tels que « Cogli la Prima Mela« , « Il Signore di Baux », « La Demoiselle », « À la Foire de l’Est », etc…

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Au retour de l’entracte, on comprends un peu mieux les raisons qui ont conduit Angelo et ses musiciens à séparer le set en deux partie, car le plateau n’est plus le même. Et les musiciens non plus d’ailleurs. Un nouveau guitariste fait ainsi son entrée aux côtés d’Angelo : il s’agit de Maurizio Fabrizio, son grand ami de toujours, musicien italien de légende et accessoirement arrangeur de la plupart de ses albums les plus connus. Sa présence ici même est donc également un événement exceptionnel, et Maurizio sera applaudi avec enthousiasme par le public parisien.
La set list du deuxième acte fait la part belle à des chansons d’Angelo plus intimistes et plus personnelles, majoritairement tirées des albums La Luna (1975), Alla Fierra dell’Est (1976) et Cercando l’Oro (1983), toujours dans leurs versions françaises.
Alors que le premier acte revenait en détail sur l’album L’Infinitamente Piccolo, le second sera l’occasion de s’attarder sur l’album Branduardi canta Yeats (1986); album qui voyait Angelo adapter en musique (et en langue italienne) certains des plus beaux poèmes de l’auteur irlandais.
Branduardi ne nous gratifiera cependant que d’un seul et unique titre de son dernier album sorti en 2013, Il Rovo e la Rosa.

Là où d’autres artistes se bornent à dérouler leur set list de façon froide et mécanique, sans réelle interaction avec le public, Angelo nous charme par une approche « à l’ancienne », très proche de son auditoire.
Visiblement très content de l’accueil qui lui est réservé par le public français après toutes ces années d’absence, Angelo ne cessera de parler aux spectateurs dans un français parfait, enchaînant les anecdotes sur le contexte de la sortie de certains albums, quelques blagues toutes italiennes ainsi que des explications sur le sens ésotérique, religieux ou historique de certaines chansons. Ce n’est donc plus à un simple récital auquel nous assistons alors, mais à un véritable voyage dans le temps et l’espace, en compagnie d’Angelo qui se fait tour à tour conteur, chanteur et presque magicien. Le décor de scène, sobre et élégant avec ses draps tendus et ses lustres en cristal suspendus au plafond, renforce encore cette ambiance magique et une véritable atmosphère irréelle et « hors du temps » s’installe au fur et à mesure.

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Le concert n’est cependant pas exempt de quelques petits incidents sans gravité.
Angelo n’échappe donc pas aux inévitables couacs qui arrivent en direct à tous les artistes, et sa mémoire lui jouera ainsi des tours sur « À la Foire de l’Est », puisqu’il oubliera les paroles d’un couplet.

Un tabouret capricieux ira par ailleurs jusqu’à le faire chuter sur scène. Branduardi ne cessera alors ensuite tout au long du spectacle d’adresser au malheureux objet quelques boutades fort comiques.
« Je crois bien que ce tabouret, c’est un être vivant qui me veut du mal ! »
Angelo a décidément la classe jusqu’au bout.

Après nous avoir offert en ultime cadeau ses « Confessions d’un Malandrin », l’un de ses plus grands succès et accessoirement la première chanson qu’il ai jamais écrite, Branduardi quitte la scène de l’Olympia puis revient pour un dernier rappel, nous offrant alors sa fameuse version du standard « O Sole mio », chanson italienne la plus connue de tous les temps.

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De nombreux fans français d’Angelo s’étaient donnés le mot sur Internet et avaient préparé de petites surprises pour le Maestro : ainsi Branduardi se voit ovationné par une pluie de roses lancées par les premiers rangs à la fin du deuxième acte ainsi que divers cadeaux qui lui sont remis en mains propres. Et que dire également de tous ces petits coeurs colorés, que brandissent de nombreuses personnes dans toute la salle, et sur lesquels est inscrit le mot « Merci » ?
Ca y est, Angelo Branduardi est enfin revenu en France, et nous venons de le vivre en direct. Il ne reste désormais plus qu’à espérer que ce concert ne demeure pas une exception dans les années à venir, et que nous ayons droit à d’autres concerts dans d’autres endroits…

Le succès de ce grand retour en France sur la scène de l’Olympia peut nous le laisser espérer !

Grazie, Angelo.

  • Set list (non sûre à 100%) :

Premier acte :
Si puo’ fare
Sans aucun doute (VF de « Gulliver »)
Ce que sait le Sherpa (VF de « Domenica e Lunedi »)
Il Cantico delle Creature
Il Sultano di Babilonia e la Prostituta
Audite Poverelle
Nelle paludi di Venezia Francesco si fermò a pregare e tutto taque
Solo de violon
Bal en Fa Dièse Mineur (VF de « Ballo in Fa Diesis Minore »)
Le Seigneur Des Baux (VF de « Il Signore Di Baux »)
À la Foire de l’Est (VF de « Alla Fierra dell’Est »)
La Demoiselle (VF de « La Pulce d’Acqua »)
Và où le vent te mène (VF de « Cogli la Prima Mela »)

Entracte

Deuxième acte :
La Lune (VF de « La Luna »)
Le Don du Cerf (VF de « Il Dono del Cervo »)
Parfum d’Orange (VF de « Profumo d’Arancio »)
Sous le Tilleul (VF de « Sotto il Tiglio »)
Les Hérons (VF de « La Favola degli Aironi »)
La Canzone di Aengus il Vagabondo
Un Aviatore Irlandese Prevede La Sua Morte
Le Cerisier (VF de « Il Ciliegio »)
Les Arbres ont grandi (VF de « Gli Aliberi sono alti »)
Lord Franklin
L’Enfant Clandestin (VF de « Ninna Nanna »)
Confessions d’un Malandrin (VF de « Confessioni di un Malandrino »)

Rappel :
O Sole Mio

 Red One

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