Je l’admets bien volontiers, je suis un fanatique des classifications en tous genres… Certains de mes collègues se moquent d’ailleurs gentiment de ce trait de caractère – la bise ATN. Du coup, en écrivant les kros des deux Skip The Use et Shaka Ponk qui sont actuellement en première page du site, j’ai eu l’envie de faire le tour de la question des hymnes français du rock. J’ai dressé des listes (Hé !! Bien sûr !!) et j’ai biffé les noms jusqu’à ne retenir que ceux qui me paraissaient avoir une réelle consistance, une postérité évidente et une bonne tronche d’hymne. Mes premières listes comportaient des morceaux de rap : « L’école du micro d’argent » de IAM et « Suicide Social » d’Orelsan, aux réactions véhémentes des 3/4 de mes collègues de la rédaction, j’ai choisi de ne garder ce qui était résolument rock aux oreilles de la plupart. Du coup, certains des grands noms ont aussi disparu; en vrac, Gainsbourg, Bashung et même Axel Bauer dont le « cargo » avait sa place ici… Il ne reste que Jacques Dutronc artiste solo au milieu des groupes de toutes obédiences, et les artistes « cultes » ont souvent disparu, ainsi Magma ou Hf Thiéfaine.

Voici donc le listing final, qui ne reflète que mon goût personnel et que je ne souhaite imposer à personne, mais cela peut être le début d’un débat sur la question !

  • JACQUES DUTRONC – « Et moi et moi et moi » (1966)


Le titre qui a permis à DUTRONC de sortir de l’ombre et de s’imposer comme chanteur. Nonchalance certes, mais une vraie rythmique de plomb pour l’époque. Un vrai casse-tête répétitif qui provoque headbanging et maux de tête. Le Rock, le vrai est né en France !

  • TRUST – « Antisocial » (1980)


On aurait pu passer au travers car l’Hexagone n’est pas vraiment une terre de Metal, mais nous avons tout de même cette chance d’avoir l’hymne définitif du Metal Français en la personne de cette chanson accusatrice et anticonformiste… Évidemment quand on a 20 ans, on se doit d’être comme révolutionnaire.

  • DOGS – « Too much class for the neighborhood » (1982)


Le meilleur groupe de rock français selon moi. Une classe phénoménale qui trouve une juste symbolique à travers ce titre. Les légendaires DOGS de Rouen resteront à jamais underground, mais tous ceux qui savent… savent bien de quoi il retourne.


Le groupe français le plus fédérateur, et qui continue près de 30 ans après sa dissolution à faire fantasmer les rangs de plusieurs générations, preuve de leur importance dans le paysage musical français. Les STONES de l’Hexagone. Le choix d’un titre s’avère être une véritable gageure car « La bombe Humaine » ou « Un autre monde » étaient interchangeables avec « Ça ».

  • INDOCHINE – « L’aventurier » (1983)


Pour moi définitivement l’hymne par excellence du rock français, on y retrouve bien des éléments qui font honneur, les aspects new wave, la guitare claire « shadows », les textes BD, la voix si décriée de Nicolas. Le talent simple et clair… Inégalable. Pour moi la meilleure chanson française jamais composée.

  • RITA MITSOUKO – « Marcia Baila » (1985)


L’assemblage des deux personnages dignes d’un cartoon de Catherine, perpétuelle révoltée et égérie porno, et de Fred guitariste flamboyant aux idées originales et perturbantes… Comme cette chanson, incompréhensible à la majorité mais qui se révèle un classique, le temps n’a aucune prise sur elle.


Il y a un hymne de metal, voila l’hymne du punk pour toute une génération de marsupilamis pogoteurs. Cette merveille répétitive et lancinante doit son succès à une boite à rythmes, à la distorsion crachotante de Loran et aux paroles si évidentes de François. On peut l’écouter 1000 fois en boucle et toujours y trouver son compte.


Plus alternatif que punk, la bande de Manu Chao s’est lancée à la poursuite d’un rêve et a concrétisé en sortant quelques uns des plus beaux albums de l’histoire de notre rock. « Mala vida » est leur morceau le plus emblématique.

  • NEGRESSES VERTES – « Zobi la mouche » (1988)


La folie des Négresses prend son sens le plus absolu à l’écoute de cette incongruité musicale qu’est l’histoire de Zobi la mouche, mais on aurait pu choisir d’autres titres loufoques des tarés comme « Sous le soleil de Bodega » ou « Voila l’été », une fusion frappadingue entre la guingette et le punk. La mort de leur chanteur Helno les a fauchés.

  • NIAGARA – « J’ai vu » (1990)


Les rennais ont su tirer les marrons du feu avec un changement de cap radical pour cet album où Murielle s’est transformée en Barbarella et ou Daniel a choisi de positionner la distorsion au premier plan, pour le plus grand succès du groupe, qui eut le bon sens de se retirer peu après au sommet de sa gloire.


Qu’aurait-il fallu faire ? Ne rien dire et passer sous silence un talent aussi absolu que celui de Bertrand Cantat, malgré le drame, malgré les opinions ? Impossible ! Donc évidemment les bordelais sont là et assument leur statut de chef de file du rock franchouillard. A défaut d’autre chose, le titre choisit contient le maître mot « France ».

  • MATMATAH – « L’apologie » (1997)


Les brestois ont renversé le petit monde du rock français en sortant « La ouache ». « L’apologie » n’est pas prise au hasard, elle prône la légalisation du chichon sur une fusion des plus réussies à base de Rocksteady et de Metal lourd , une vraie merveille qui mérite ici une place de choix, d’autant que les gars ont toujours assumé.


Alors que la fin des années 90 est marquée par l’émergence de la « nouvelle chanson française », le son proposé par les parisiens de Louise avec ce chant plaintif et écorché, ces compos qui oscillent entre Folk et alternatif, éclate tout sur son passage et le premier album explose tous les chiffres de vente et reste le plus vendu de l’histoire du rock français, dont acte.


Les metaleux ont pris leur revanche sur le sort ! En sortant « I’m picky » , les SHKPK assume à moitié leur statut d’ex-metaleux sempiternellement rejetés par les maisons de disques. Il vaut mieux vendre 1000 000 disques que 100… C’est la leçon à retenir ici. Combien de groupes resteront dans l’ombre pour refuser toute démarche marketing ? Appelé à devenir un supra classique.


Les lillois se sont pointés et ont aussitôt soulevé le public par leur musique faite de fusion tous azimuths et leurs incroyables prestations scéniques. La scène mondiale manque de pointure, mais ce n’est certainement pas le cas de la France où les membres de SKIP THE USE pourraient bien à l’occasion de la sortie de son troisième album prendre le lead du rock français. Ils en ont le talent.

Erwin

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