Sur les landes de Cornouailles*¹, le crépitement synthétique des boîtes à rythmes résonne encore parfois, vague souvenir d’un grand DJ roux qui agitait les soirées techno du comté. Alors que Richard D. James et ses multiples pseudos ont pratiquement disparu des écrans radars depuis le milieu des années 2000, son aura ne cesse de grandir auprès des amateurs de musique électronique. Une situation qui contraste avec les débuts prolifiques mais anonymes du jeune Richard à l’aube des années 90, sous les pseudos de The Aphex Twin, AFX et Bradley Strider. Partez à la découverte de l’œuvre du plus grand DJ des années 90, à moins que ce ne soit Wolfgang Voigt, on n’est pas sûr…

AFX(Crédits photo : electronicsbeats.net)

 

  • Les albums incontournables

« Heliosphan » :


Premier album, premier coup de maître. Surfant sur la vague acid house qui sévit en Grande-Bretagne depuis la fin des années 80, Richard D. James livre un manifeste de techno brumeuse et onirique, dans la lignée de ses premiers EP. Aujourd’hui, les sonorités ont un peu vieilli, mais les mélodies ont conservé toute leur force évocatrice.  S’il ne devait en reste qu’un, ce serait celui-là.

 

“If It Really Is Me” :


Paradoxalement, Polygon Window est l’un des pseudos les plus négligés du DJ britannique. Difficile d’exciter la curiosité des collectionneurs avec un EP et un album multi-réédités par Warp. Pourtant, dans l’histoire de la musique électronique, le polygone fenêtre fait date. « Polygon Window », c’est d’abord le titre d’un morceau signé Richard D. James (sous le pseudo The Dice Man) sur la compilation Artificial Intelligence, acte de naissance du label Warp. Quand les petits gars de Sheffield lancent une série d’albums et de compilations dans la foulée de ce premier essai, ils pensent évidemment au grand Cornouaillais pour réaliser le deuxième opus. Surfing on Sine Waves, résultat de cette collaboration, est le chef-d’œuvre ignoré de Richard D. James. La gamme des sons s’élargit, les morceaux se font plus alambiqués, les rythmes plus complexes. Chaque morceau développe une atmosphère particulière, insaisissable.  Dans un registre plus techno, l’EP Quoth sorti la même année est idéal pour ceux qui souhaitent poursuivre l’aventure Polygon Window.

 

“Fingerbib”:


Sans doute l’album le plus connu d’Aphex Twin, le Richard D. James Album est imprégné d’humour potache et de fantaisies sonores inédites. Lassé de l’ambient et de la techno, RDJ se lance dans des constructions rythmiques alambiquées soutenues par des mélodies enfantines. A mi-chemin entre comptines et valses au marteau-piqueur, l’album au sourire maléfique ouvre une brèche dans laquelle les Venetian Snares, Squarepusher et autres Heck se sont engouffrés.

 

  • Les albums conseillés

  • Drukqs (Aphex Twin) – 2001 Warp

« Vordboshn » :


Drukqs est un album fourre-tout où s’entrechoquent pianos déglingués, boîtes à rythmes frénétiques et nappes de synthés vaporeuses. C’est un dédale où l’on se perd avec le risque d’y laisser sa santé mentale. Les moments de grâce côtoient les pires délires bruitistes et les murmures malsains de l’artiste en personne. La preuve qu’on peut réussir un double-album.

 

« Fenix Funk 5 » :


Au milieu des années 2000, Richard D. James se détourne de Warp et se concentre sur le label qu’il a fondé en 1991 avec Grant Wilson-Claridge : Rephlex. Afin de torpiller sa célébrité naissante, l’artiste sort une série de 11 EP en vinyle tout au long de l’année 2005. Qui l’aime le suive ! Les Analords, placés sous le signe de l’acid house, offrent un vaste panorama des lubies nostalgiques du Cornouaillais. Pour ne pas priver les masses de cette régression au stade analogique, Rephlex rassemble les meilleurs titres des onze vinyles sur une compilation CD. Un régal !

 

  • Le dernier album en date qu’on n’est pas sûr que c’est le dernier album en date

« Rushup I Bank 12 » :


En 2007, une rumeur insistante secoue le microcosme des fans de Richard D. James : The Tuss, qui vient de sortir un album et un EP sur le label Rephlex, n’est autre que la dernière incarnation du grand manitou de la musique électronique qui fait danser et penser à  la fois, dans l’ordre qu’on veut. Même sonorités, même instruments, morceaux déjà joués en concert au cours de l’année : toutes les pistes mènent au DJ rouquin. En l’absence de confirmation officielle de la part du principal intéressé, on se contentera de repasser en boucle les six pistes extraterrestres de ce dernier album. Rushup Edge a l’avantage de proposer une synthèse accessible des différents genres abordés par Richard D. James au cours de sa carrière, de l’acid-house à la braindance en passant par la musique contemporaine.

 

  • L’album à éviter

A de très rares exceptions près, les albums de remixes des papes de la techno sont à éviter comme la peste. D’autant plus quand ils marquent la fin d’un contrat avec un label. Et encore plus quand l’artiste lui-même vous avertit en baptisant son méfait « 26 mixes pour de la thune ». Vous êtes prévenus.

 

  • Bonus : les EP

Format découverte clés en main oblige, je me suis limité aux longs formats pour cet article. Les EP de Richard D. James en mériteraient un autre. Certaines de ses plus grandes réussites ne se trouvent que sur format court, alors il serait dommage de faire l’impasse. En bonus, 4 EP marquants :

« Polynomial_C » :


Nappes de synthés aériennes, boucles synthétiques entêtantes, « Polynomial_C » est le single qui a utilement remplacé l’ecstasy en 1992. Mes synapses en clignotent encore.

 

  • Pac-Man (Powerpill) – 1992, FFRReedom

« Pac-Man (Power-Pill Mix) » :


Un outrage au bon goût qui annonce les pitreries acides de CEEPHAX dix ans en avance. Ce remix du générique de Pac-Man séduira tous les amoureux des vieilles B.O. de jeux.

 

« Arched Maid Via RDJ » :


Les deux EP ne sont longtemps restés accessibles qu’à une minorité de collectionneurs, avant une réédition salvatrice du label Warp en 2005. Les deux œuvres réunies sur un même CD offrent un prélude agréable aux ambiances bigarrées du Richard D. James Album.

 

« Come to Daddy » (le clip vaut le détour !) :


Clip multidiffusé, records de vente pour un EP indépendant, Come to Daddy est le single qui a lancé la médiatisation de Richard D. James à la fin des années 90. Parodie de Death Metal, pastiche de Prodigy ou simple délire personnel, Aphex Twin ne s’est jamais vraiment expliqué sur les origines de ce morceau à part dans sa discographie. Ce qui ne change pas grand-chose, puisqu’il a l’habitude de raconter tout et son contraire en interview.

 

Bien entendu, une sélection est par essence incomplète, surtout quand on aborde une discographie aussi imposante. On aurait encore pu citer l’album …I Care Because You Do, la série des Analogue Bubblebath, les EP Digeridoo et On, la compilation Caustic Window, et bien d’autres encore. L’essentiel est de grappiller ses morceaux préférés d’albums en EP, et de se constituer ses propres compilations.

*¹ La Cornouailles britannique, ou Grande Cornouailles (Kernev-Veur) comme l’appellent les Bretons, est un petit bout de péninsule à l’extrême sud-ouest de l’Angleterre.

Saskatchewan

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