Hard Rock – Led Zeppelin, Black Sabbath, AC/DC, Iron Maiden, Metallica … et les monstres du rock !

Christian Eudeline
Hors Collection, 2007, 160 pages.

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Ma chère et tendre mère m’avait offert ce bouquin à une époque où je découvrais justement le joyeux monde du hard rock. Led Zeppelin et Deep Purple tout d’abord, Guns ‘N Roses et Judas Priest ensuite pour enfin finir par tâter au death et black metal de façon très sélective et souvent hasardeuse, vite-fait-comme-ça-pour-voir. Hard Rock était donc à première vue le cadeau idéal … Quel arnaque bordel ! Christian Eudeline se fout vraiment bien de la gueule du monde avec ce livre, autoproclamé « premier ouvrage français consacré à l’histoire complète de la révolution hard-rock ». Si il est vrai qu’il précède de quelques mois les excellents Anthropologie du Metal Extrême (Nicolas Walzer) et L’Âge du metal (Robert Cula), deux ouvrages passionnants même pour les novices du genre à l’instar de ma personne, il n’en partage absolument pas la qualité.

Déjà, Christian Eudeline confond tout. Rock, hard rock, metal, satanisme. Dès l’introduction, on a ainsi droit à une ridicule analyse de l’émergence du hard rock du fait de la radicalisation du rock psychédélique au milieu des années 60. D’accord, Cream, Hendrix ou les Beatles ont apporté leurs petites briques à l’édifice, mais n’aurait-il pas été plus judicieux de parler aussi des Rolling Stones et des Who dont le rôle est tout aussi capital ? Eudeline nous détaille bien vite la violence du rock de Détroit (MC5, The Stooges, Grand Funk Railroad), c’est déjà ça, mais il use et abuse d’anecdotes à la con qui entame sérieusement la crédibilité de son bouquin. Iggy Pop et son héroïne, l’occultisme de Charles Manson qui écoutait les Beatles, les Hell’s Angels, Blue Cheer qui anticipe déjà Motörhead … Steppenwolf ne se résume plus qu’au gros son de « Born To Be Wild » et Iron Butterfly à la lourdeur de « In-A-Gadda-Da-Vida » … Pourquoi pas, mais encore une fois pourquoi omettre le cas de Free, de Them, des Sonics, de Jeff Beck, d’Humble Pie, de Dick Dale et des autres ?

Impossible d’oublier Black Widow après Black Sabbath, malgré des références au jazz, tare ultime chez Eudeline.

Eudeline multiplie les clichés et les oublis. Hard Rock se présente en fait comme une suite de biographies de type Wikipédia, dont il est bien possible qu‘il s‘agisse là de la source principale de cet ouvrage et résume en gros la carrière des groupes les plus importants du genre. La part belle est néanmoins laissée à Led Zeppelin, qui occupe un bon quart du bouquin. En voulant déborder sur le metal des années 80 et 90, l’auteur démontre sa totale méconnaissance du sujet et affiche des préférences douteuses : rien sur le death metal, ni le prog, ni le doom, ni le black, mais au contraire de très bôs paragraphes sur les Angels, BTO, Vardis, April Wine, Ganafoul ou Shakin’ Street … On remerciera Eudeline de nous ressortir ces oubliés de la cause hard rock, mais il y avait sans doute d’autres priorités. Dans le même genre, que vient faire ici le rock progressif de Black Widow ? Réponse : ils sont satanistes ! Donc certainement indispensable pour une étude approfondie du hard rock … mince Peter Gabriel prononce un tonitruant « 6 – 6 – 6 » sur « Supper’s Ready », on aurait également dû l’inclure ici du coup … sacré coquin !

Ted Nugent au sommet de la virilité.

Hard Rock parle rarement de musique au final. L’accent est plutôt mis sur les provocations, les performances et les excès des artistes du milieu. Toujours la même chose : drogue, picole, violence, tympans qui saignent, volume sonore vachement élevé quand même, le Diable qui les inspire tous. De ce point de vue, Twisted Sister a quasiment autant d’importance que Judas Priest … pour lequel ne rien dire sur Defenders Of The Faith mérite à mon avis la pendaison. On se console malgré tout avec les deux-trois paires de nibards utilisées pour illustrer les paragraphes sur WASP et Motörhead. Mais cela suffit-il à nous faire oublier que le livre est réellement bourré d’erreurs et d’approximations ? Rainbow, ZZ Top et Foreigner : allez crever ! Dave Mustaine devient Marty Friedman le temps d’une photo, Gene Simmons se change par la même occasion en Paul Stanley. Scorpions a sorti des slows, « Still Loving You » et « No One Like You », c’est cool. Le chanteur de Sortilège a la même voix que Balavoine, ou le contraire. Vulcain n’a sorti qu’un seul album intitulé L’Agression sur lequel on retrouve les célèbres Omar Ben El Mabrouk et Thierry Van Hooland qu’on aurait plutôt cru appartenir au groupe Vulcania, mais bon les noms se ressemblent aussi, pas ta faute Christian. Sepultura ? Connais pas. Darkthrone ? J’adore ce film. Celtic Frost vous dites ? Non merci, pas besoin d’un nouveau frigidaire. Ted Nugent « a toujours porté le cheveu très long, parfois agrémenté d’une fine moustache, signe indéniable de virilité », analyse bouleversante remettant en cause mon existence même, moi le barbu au cheveux courts. Phil Lynott est « l’un des seuls métis de l’histoire du rock », Slash ayant finalement choisi d’être totalement blanc, Hendrix totalement noir. Queensrÿche fait dans le « mi-glam, mi-gothique », un style intéressant. Chris Slade adorait partir en tournée avec Bon Scott, qui a donc choisi de ne mourir qu’en 1989. Slipknot c’est la relève, ouf.

Habile remarque d’Eudeline : le chanteur David Lee Roth, c’est celui en blonde.

Finalement Hard Rock est un livre très rigolo. Un jeu de piste où le gagnant sera celui qui trouvera le plus d’erreurs. Une sorte de nanard version papier, Christian Eudeline n’a qu’un pas à faire pour devenir le Jean Rollin de la critique musicale. Mais oui c’est ça : on a tous pris ce livre au sérieux, alors qu’il s’agissait seulement d’un canular ! Sacré Christian, c’est sept ans plus tard que je m’en rend compte. Il n’y a qu’à lire les légendes des photos pour s’en rendre compte, tout ça n’est qu’humour et dérision. Mais fallait-il pour autant le vendre à seulement vingt-cinq balles ? Le génie n’a pas de prix voyons Christian, tu pourrais en tirer bien plus …

Jovial

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