88.000 festivaliers par jour.
Près de 150.000 visiteurs uniques.
55.000 campeurs

Des chiffres qui donnent le tournis. Une fois de plus, Werchter a fait fort. Cette année, le plus grand festival de Belgique, en plus de fournir une ambiance hors du commun, des campings énormes et des boissons très chères nous a également gratifié d’un magnifique line up, presqu’irréprochable. Voyez par vous-même :

[Ayant été un de ces courageux festivaliers, je vous propose une chronique maison de ces quatre journées de folie à travers mes 5 concerts préférés. Attention tout de même : un festival reste un festival et je n’ai pas la prétention de vous affirmer que ce sont les cinq MEILLEURS concerts du festival. Ce récit est le récit subjectif d’un séjour rythmé par la musique mais aussi les très nombreuses bières, les quelques siestes au soleil, les jolies hollandaises alcoolisées par la victoire des Pays-Bas au Mondial et surtout mes propres goûts musicaux. Ceci étant dit, qui m’aime me suive !]

  • Jeudi 03/07/14

Métro, train, bus : me voici arrivé à Werchter à onze heures du matin. Tous les transports sont surchargés : les foules se pressent dans la douleur et l’impatience. Les tentes Quechua inondent le paysage. Avec un pote, je traine à bout de bras ma tente, mon sac de couchage, une bonne trentaine de boites de conserve (raviolis froids, choucroute froide, pates froides, saucisses froides), de nombreuses bières et ma bonne humeur. Une longue route nous mène au camping ; trop longue ; bien trop longue. J’arrive souffrant sur cette immense plaine de gazon où je plante ma tente, dépose mes quelques affaires et le temps de m’enfiler quelques bières, je fonce au festival pour ne pas rater les WOMBATS.

Groupe récent, deux très bons albums dans la poche. Le premier, « A guide to love, loss and desperation » est un album de rock avec quelques instants de punk très mélodique. Ils sonnent pop dans le bon sens du terme, se nourrissent de leurs mélodies et les mêlent à une énergie très british. Le deuxième album y ajoute des sons électroniques qui rendent l’ensemble plus mainstream, plus mélodique, moins rock. On va voir ce que ça donne.
Première surprise : le concert n’a pas commencé mais le chapiteau est déjà bien rempli. Heureusement qu’en bon connard que je suis, je dépasse gentiment le troupeau. Deuxième surprise : ces trois garçons foutent le feu. On est étonné de la qualité et du professionnalisme qui se dégage de cette combinaison si simple et peu nombreuse. Les morceaux moins connus se mêlent à leurs classiques (« Kill the director » ; « A perfect deasease » ; « Let’s dance to Joy Division » pour n’en citer que trois) et leur présence énergique ne laisse pas le public s’ennuyer. En peu de temps, le trio se met la foule dans sa poche et ne la laisse pas s’échapper jusqu’aux dernières minutes où Matthew Murphy, le charismatique chanteur et guitariste, s’écroule par terre et continue à enchainer l’instrumental punk final. Très classe. On aimerait que ça continue.

[Après ça, je vais voir Bombay Bicycle Club, puis Miles Kanes. Après ces deux bons moments, Je pars manger une assiette de raviolis. Comment ça, ça n’intéresse personne ? Merde alors. Bon ben je passe directement au prochain concert et pas des moindres.]

Il est 22 heures et METALLICA commence leur concert en pleine Main Stage. Ils ont l’air ravis, souriants ; ils agressent gentiment le public. Ils ont l’air tellement contents d’être là que ça me donne le sourire. Le groupe a eu la chouette idée de faire voter les festivaliers pour leurs chansons préférées, qu’ils joueront au concert. Bonne idée sur papier. Dans la pratique, on se retrouve avec « Master of Puppets », « One », « Nothing Else Matters », « Fade to Black », « Enter Sandman »… Waw ! Même si Hetfield devient paraplégique, ils continueront à les jouer. Le set est long, très long, mais jamais casse pieds. Les classiques s’enchainent, Kirk Hammett galère dans certains solos, mais finalement on s’en fout pas mal. Le public est déchainé sur certains gros titres et le groupe le motive constamment. Je n’ai pas le temps de me rendre compte que deux heures sont passées, le groupe se barre déjà … Mais revient vite (j’ai toujours trouvé la pratique du rappel très hypocrite, mais je garde cela pour un autre papier). Au final, les horsemen s’en vont après deux heures de concert mérités.

[J’attends le prochain concert en voyant toutes les vestes en cuir, les cheveux longs, les tatouages et les t-shirts « Master of Puppets » fuir le festival. Tu m’étonnes, c’est Skrillex qui enchaîne]

  • Samedi 05/07

La pluie tombe par seaux sur la Main Stage. Les centaines de spectateurs s’abritent sous de frêles abris d’où l’on voit couler toute la tristesse du ciel. Mais nous restons là, dans l’humidité ambiante, dans la boue salissante, à protéger nos derniers tickets boissons dans les poches de nos imper’. Les filles dansent sous la pluie et l’eau mouille leurs cheveux, les rendant un peu plus rockeuses et sexy. Pourquoi tant de gens souffrent-ils une météo capricieuse en fin d’après-midi ? Car les BLACK KEYS arrivent.

Jadis, ils étaient deux. Ils sont maintenant bien plus nombreux (enrichis d’un bassiste et d’un claviériste). Il n’y a pas à dire, ces deux-là savent comment faire. Setlist fraiche, un chanteur/guitariste déchaîné. On en a eu pour notre argent. Étonnant de voir des morceaux récents, encore peu connus, s’enchaîner si bien aux grands classiques du groupe qui font hurler tout un public dès la première note. Le blues rock n’est pas mort avec ces deux bonshommes. En prime : un chanteur très sympathique et proche de son public. Black Keys mélangent le professionnalisme et l’énergie, la qualité et le groove dans leurs morceaux qui sonnent encore mieux en direct. Leur étonnante fertilité musicale n’est pas gage de facilité, croyez-moi.

[Les nuits sont sans sommeil dans les campings de festival. Les gens crient jusqu’à cinq heures du matin, chantent, boivent. Conseil maison : dormez avec des boules quies ou rejoignez-les.]

  • Vendredi 06/07

Le festival touche à sa fin. Je traine au premier rang de la Main Stage, un redbull en main. J’attends depuis une heure pour un de mes groupes fétiches, j’espère ne pas subir la même déception que deux jours plus tôt au concert d’Arctic Monkeys. Je l’attends comme le Messie. Lui qui a donné son visage à mon avatar : avec quelques minutes de retard, Pete Doherty arrive avec ses BABYSHAMBLES.

Elle est loin l’époque où il débarquait sur scène en costume, chemise et chapeau. A Werchter, Pete Doherty a décidé d’être stylistiquement minimaliste. Son visage est ravagé par l’alcool et il ne parvient pas à dissimuler un bide peu charismatique. Pour ne pas manquer à la réputation, il débarque avec des bières et les ingés son s’empressent de déposer des bouteilles d’alcool le long de la scène. Après un salut rapide, le concert commence et c’est le choc. Derrière l’apparence bordélique (des solos ratés, une voix très approximative) se dissimule un réel professionnalisme qui sait mélanger à la perfection les moments calmes et les moments complètement punks. Entre deux verres, Pete Doherty montre le réel showman qu’il est, parlant directement à la foule dans son anglais incompréhensible, déblatérant des phrases sans aucun sens, lisant les pancartes que tiennent les spectateurs, se couchant par terre, cassant des micros en les lançant dans la foule. Le concert s’enchaine sans temps mort, tout le monde sympathise avec cet innocent dandy qui prend un malin plaisir à parler un peu français. Mais le concert s’arrête après le mythique « Fuck Forever ». Tout le monde commence à partir sauf Pete Doherty qui reste debout sur scène malgré les demandes répétées des organisateurs. Insensible aux réclamations, il prend la basse et tente maladroitement de jouer « Seven Nation Army ». L’équipe technique lui dit gentiment de se casser pour préparer le concert suivant ; alors, il sort. Puis revient, triomphant et se balade sur scène. Il finira en faisant du skate-board sous les applaudissements d’un public hilare. Objectivement, ce concert est l’un des plus attachants auxquels j’ai pu assister.

[Journée épuisante remplie de concerts géniaux : Foals, Metronomy, Franz Ferdinand, Kings of Leon… Que du bonheur. Il n’en reste qu’un et il est attendu au tournant, surtout dans son pays natal.]

Je n’ai jamais vu une foule pareille. Elle est réunie pour l’artiste le plus populaire de l’année. Après quelques minutes d’attente, STROMAE arrive. Accompagné de ses trois musiciens, il va produire le concert le plus impressionnant du festival.
Fidèle à sa réputation, Stromae est universel. Il incarne l’union, surtout dans un pays si divisé. Pendant une heure et demi, il n’y a ni francophones, ni flamands, ni anglais, ni allemands, ni hollandais. Il n’y a que nous ; des êtres humains ; des mondialistes. Stromae incarne tout à la fois : sa présence sur scène est irréprochable, son charisme déstabilise tout le monde. Il est à la fois drôle et touchant, artiste et homme de scène. Chaque morceau est joué en live grâce à des musiciens très doués, les mises en scène sont superbes. Chaque chanson apporte une originalité. Le concert devient un spectacle, un étonnement permanant. Entre les chansons, il nous parle à nous, comme à ses amis, sans distance.

Les feux d’artifice ont rarement vécu une telle aventure. Il ne reste plus qu’à dormir une dernière fois. Ensuite il faudra déplier la tente et nos souvenirs.

Bombe Humaine

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