« Si tu ne viens pas à Lagardère, alors Lagardère viendra à toi » : c’est cette devise à l’esprit, le fleuret et la perruque frisée en moins, que je me dirige vers l’entrée du métro moscovite pour me rendre à mon premier concert d’Aria. Direction la station Dynamo, son célèbre stade, sa non moins fameuse patinoire et sa salle de concert au drôle de nom : la Ray Just Arena. Comme toujours à Moscou, et sans doute comme dans toutes les capitales du monde, on peut jauger la popularité d’un événement au nombre de fans présents dans le métro. Les perfectos, les écharpes rouges et noires et les t-shirts du groupe se font de plus en plus visibles à mesure que l’on se rapproche du but : c’est bon signe.

Une petite séance de rattrapage s’impose pour ceux qui n’ont pas passé les trente dernières années quelque part entre la Biélorussie et le Kamtchatka. Aria est le groupe de heavy metal le plus populaire en Russie et dans les autres pays de l’ex-URSS. Du haut de ses trente ans de carrière et de ses douze albums studios, la formation moscovite continue d’enchaîner les disques de qualité et les tournées continentales. Le dernier opus en date, Tcherez vse vremena, ne déroge pas à la règle. Thèmes historiques, riffs acérés, chant grandiloquent : tous les ingrédients d’un grand cru d’Aria sont réunis. Rien à rajouter à l’excellente chronique de Jeff Kanji sur NIME.

En arrivant devant l’ancienne Arena Moscow, le mystère de son nouveau nom s’éclaircit : une cannette géante griffée « Ray Just » signale l’entrée de l’antre. Le début de la soirée est marqué par le marketing agressif de la boisson énergisante, avec pubs sur écrans géants et distribution de produits dérivés. Heureusement, un stand de t-shirts et de CD Aria résiste encore et toujours à l’envahisseur. La salle elle-même est plutôt bien arrangée, avec un parterre immense au rez-de-chaussée et une salle en disposition bar à l’étage.

Le concert commence sagement avec une sélection de classiques du hard-rock jouée par les énormes enceintes situées de chaque côté de la scène. Comme souvent en Russie, il n’y a pas de première partie. L’occasion de jauger un peu le public présent : le métalleux commun est venu en nombre, évidemment, mais on trouve aussi des couples en goguette, des enfants, des grands-mères, et un supporteur du Rosenborg BK, avec écharpe et panoplie complète, égaré à 2000 km de ses bases.
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Après une bonne demi-heure d’attente houblonnée, les lumières s’éteignent et des incantations chamaniques résonnent. Le quatuor déboule sur scène avec la chanson-titre du nouvel album, « Tcherez vse vremena ». En concert comme sur disque, c’est une entrée en matière idéale. Les guitares jouent à 100 à l’heure et Maxime Oudalov est monstrueux derrière ses fûts. La première partie du show est avant tout consacrée aux chansons du nouvel album, où le groupe ne s’écarte pas trop de la partition originale. Seule « Begouchtchy Tchelovek » prend vraiment une toute autre dimension en live.

De manière assez inattendue, c’est un morceau de l’album Armageddon qui s’impose comme le moment fort du concert : « Krov koroleï ». Le bassiste Vitaly Doubinine chipe le rôle du ménestrel-en-chef à Mikhaïl Jitniakov le temps d’une introduction médiévale. Puis les guitares s’en mêlent, avec en point d’orgue un solo renversant de Vladimir Kholstinine. En conclusion de la première partie, Jitniakov fait une véritable démonstration vocale sur l’excellente « Ataka mertvetsov ».

L’inévitable solo de batterie d’Oudalov permet au reste du groupe d’aller respirer en coulisses. Le sosie russe de Mick Jagger s’efforce de trouver des transitions et des rythmes originaux, mais comme toujours, l’exercice traîne en longueur. L’attente des fans sera récompensée par une seconde partie entièrement consacrée aux chansons rares de la période Kipeliov.

Les hostilités démarrent avec deux morceaux de l’album Khimera : la chanson-titre et « Nebo tebia naïdiot ». Deux compos qu’on n’a pas l’habitude de voir en concert, maîtrisées par le groupe de bout en bout. Jitniakov semble plutôt à l’aise, à part peut-être sur les parties calmes, où sa voix est noyée dans le mix des autres instruments. La salle ne commence à s’agiter qu’à partir de « Chtil », le morceau de bravoure du même album Khimera. Puis les deux titres « maideniens » issus du classique des années 80 Geroï asfalta sont repris en chœur par le public, jusqu’à l’apothéose de « Bespetchny Angel ».

Drôle de sensation face à cette unique reprise du concert. La chanson originale des vétérans hollandais de Golden Earring a été réarrangée avec brio par Aria à la fin des années 90, au point de devenir l’une de ces ballades passe-partout que l’on choisit pour toutes les occasions solennelles… en particulier lors des enterrements. C’est également devenu un passage obligé des concerts, bien entendu. Le show touche à sa fin, avec un « Daï Jarou » enflammé pour finir en beauté. Un peu déçu néanmoins par ce dernier choix : j’attendais « Boï prodoljaetsa ». Sans doute qu’à force, ils doivent en avoir marre de la jouer.

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Aria en concert, c’est aussi bon que sur disque. Au point que j’ai bien envie d’aller faire un détour par Tver ou Iaroslav pour aller les voir une seconde fois avant leur jubilé à Moscou en novembre. Le groupe a le professionnalisme et l’énergie des grands, en particulier Doubinine, qui cavale comme au premier jour. Ils arrivent que les Russes poussent leurs tournées jusqu’en Allemagne (pouet-pouet !), alors ne les ratez pas à leur prochain passage !

Liste des morceaux joués

– Tcherez vse vremena (Tcherez vse vremena, 2014)
– Angely neba (Tchrez vse vremena, 2014)
– Kolizeï (Krechtchenie ogniom, 2003)
– Istoria odnogo ubiïtsy (Phenix, 2011)
– Gorod (Tcherez vse vremena, 2014)
– Krov koroleï (Armageddon, 2006)
– Totchka nevozvrata (Tcherez vse vremena, 2014)
– Begouchtchy tchelovek (Tcherez vse vremena, 2014)
– Bliki solntse na vode (Tcherez vse vremena, 2014)
– Ataka mertvetsov (Tcherez vse vremena, 2014)
– Solo de batterie
– Khimera (Khimera, 2001)
– Nebo tebia naïdiot (Khimera, 2001)
– Obman (Generator zla, 1998)
– Notch korotche dnia (Notch korotche dnia, 1995)
– Chtil (Khimera, 2001)
– Na sloujbe sily zla (Geroï asfalta, 1987)
– Oulitsa roz (Geroï asfalta, 1987)
– Bespetchny angel (Chtil, 2002), reprise de « Going to the run » de Golden Earring
– Daï jarou (Igra s ogniom, 1989)

Groupe :
Mikhaïl Jitniakov – chant
Vladimir Kholstinine – guitare
Vitaly Doubinine – basse
Maxime Oudalov – batterie
Sergueï Popov – guitare

PS :
Merci à Alexandre Semionov de nous avoir permis d’utiliser ses photos. Retrouvez son travail sur : https://vk.com/7noff?z=albums9766053

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