Première date de la tournée « Afrodeezia »

Le temps frais et ensoleillé qui régnait en début de soirée à Orthez annonçait une belle soirée.
La Moutète, salle qui, apparemment servait anciennement de gymnase, ne payait clairement pas de mine. Pourtant, sur les coups de 20h, heure d’ouverture du guichet, une foule assez conséquente s’était déjà formée.
Quel aubaine pour un si petit village, au demeurant fort sympathique, d’accueillir un homme à la carrière si incroyable ! L’organisateur du festival Jazz Naturel nous a d’ailleurs confié, avant que le concert ne commence, qu’il avait contacté la maison de disque sans réel espoir que cela puisse se réaliser un jour.
Or, celui dont la carrière a été propulsée par le grand Miles, pour lequel il compose plus tard l’album culte « Tutu », celui qui navigue entre jazz et funk tout en côtoyant les plus grandes pointures, celui dont le son est reconnaissable entre mille, l’un des bassistes les plus réputés était bien présent dans la petite ville d’Orthez pour effectuer le premier concert de sa tournée « Afrodeezia ».

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Annoncé à 20h3O, le concert commence vers 21h10 sans première partie. Sur fond de Cannonball Adderley, on attendait tous avec impatience que Marcus Miller pointe enfin le bout de son éternel chapeau noir tout en scrutant les instruments orphelins soigneusement installés sur la scène.
Les lumières s’éteignent, les musiciens font leur entrée, Marcus Miller fermant la marche , le tout sous les applaudissements d’une foule qui s’apprête à en prendre plein la vue.
Premier constat : l’équipe se compose, comme pour le précédent opus, de deux cuivres, d’un pianiste (âgé de 23 ans !), d’un batteur, bien sûr d’un bassiste, auxquels s’ajoute un percussionniste. Du coup, on est tout de même en droit de se demander où se trouvent les fameux musiciens présents sur l’album, ceux qui apportaient cette touche d’exotisme voulue par la thématique de l’album. Mais enfin, soit… !

Le concert débute sur les chapeaux de roue avec « Hylife », premier morceau de l’album. Explosif et bondissant comme il se doit, on sait d’emblée qui nous avons en face de nous. Slap à foison, groove, puissance et chacun y va de son improvisation, comme pour se présenter au public – certains musiciens,  dont le pianiste Brett Williams, font leur premiers pas au sein de l’équipe. Cela fait toujours plaisir de voir autant de générosité dans cette musique, autant de partage non seulement vis-à-vis du public, mais aussi au sein du groupe. Comme d’habitude Marcus prend soin de présenter ses musiciens au moins 3 ou 4 fois tout au long du concert !

Force est de constater que le choix des morceaux s’est fait de manière particulièrement juste pour nous guider à travers l’itinéraire suivi par la musique, depuis son port d’attache en Afrique, en faisant escale aux Caraïbes, pour arriver à sa destination finale qu’est l’Amérique ; le tout étant lié par la narration touchante (en français !) de notre bassiste. Ainsi, il nous explique son périple, ses voyages et ses expériences avec des musiciens locaux. On apprend qu’il compose « We Were There » pour George Duke à l’occasion d’un « boeuf » en Amérique du sud. Bien que le rendu ne soit pas complètement à la hauteur de nos espérances, on comprend bien mieux d’où lui viennent ces rythmes de samba. Pour situer le morceau « Gorée », tiré de l’album Renaissance, il raconte le choc qu’il a subit lorsqu’il se rendit sur l’île du même nom située au Sénégal où il visita le musée la Maison des Esclaves. Grâce à ce superbe morceau dans lequel il fait la part belle à la clarinette basse, son second instrument de prédilection, il parvient a rendre hommage à ce sombre épisode de l’histoire. Grâce à un thème qui oscille entre noirceur et réjouissance il transcrit parfaitement sa volonté de garder espoir même dans les pires circonstances. Un des moments les plus forts du concert !

Malgré le son presque irréprochable de la salle, quelques imprévus ont fait surface : une sorte de faux-contact dès les premières notes jouées par Marcus, les amplis qui crachent de façon désagréable à certains moments, les crissements des micros, le guitariste complètement exclu . À cela s’est ajouté un sentiment de malaise concernant les cuivres. Effectivement, en plus d’une impression de stress constant peut-être lié à la première date de la tournée, le trompettiste et le saxophoniste situés sur le côté de la scène ne cessaient les allers et retours entre la scène et le hors-champs, étrange… On revoit encore Marcus Miller pousser Alex Han sur le devant de la scène pour que celui-ci daigne se mettre en avant pendant son solo !
D’autres points viennent noircir le tableau, mais ceux-ci relèvent d’un subjectivisme totale. Premièrement, il faut avouer que le jeu du guitariste Adam Agati laisse dubitatif. On a l’impression d’assister à un parcours de gammes toutes mises bout à bout dans un schéma mélodique manquant cruellement de relief et de feeling. De même, que Mino Cinelu dont on attendait beaucoup[1] : en effet, malgré son accompagnement fort plaisant, il ne nous laisse pas avec un souvenir d’improvisation mémorable.

Certes, les imprévus font partie des risques de la prestation live, d’autant plus quand il s’agit de la première de la tournée ; mais il est difficile de ne pas y prêter attention !
Cela ne nous a pas empêchés de constater une fois de plus l’incroyable talent de Alex Han, dont chaque intervention semble presque divine. Ni de rester bouche bée devant le solo de  Louis Cato, à la fois technique et puissant et se permettant quelques touches d’humour. N’oublions pas non plus les quelques surprises inédites du spectacle : Marcus Miller jouant du guembri – instrument typiquement marocain – sur « B’s River », puis dansant pendant que ses acolytes s’en donnent à cœur joie, mais aussi chantant sur « Hylife ». On le sentait vraiment dans son élément et plus épanoui que jamais. Les morceaux du rappel font partie des moments les plus intenses du concert, avec « Tutu » joué à la demande de tout le public et « Blast » morceau toujours aussi survolté et jouissif.
Dans l’ensemble, le concert était très plaisant et a procuré son lot de frissons, avec un Marcus Miller toujours plus en forme ! Pour un billet à 24 € c’est presque donné !

[1] : Mino Cinelu a collaboré avec Marcus Miller sur plusieurs albums de Miles Davis dans les années 80, ainsi qu’avec Weather Report et de nombreux autres artistes très variés.

Line-Up

Marcus Miller (basse électrique et fretless, guembri, clarinette basse)
Louis Cato (batterie)
Mino Cinelu (percussion)
Adam Agati (guitare)
Alex Han (saxophone)
Lee Hogans (trompette)
Brett Williams (claviers)

Setlist

Hylife
B’s River
Papa Was A Rolling Stone
We Were There
Gorée (Go-Ray)
Son of Macbeth

Rappel :
Tutu
Blast

Teemo

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